Et si nous étions en guerre ?

11:37 Glad Wood 9 Comments


Nous avons tous vécu ce weekend d'horreur à notre façon. Vendredi, avant le drame j'avais mis en ligne un TAG qui se voulait positif. Un TAG d'amour et de partage pour la journée de la gentillesse. Jusque-là, tout allait bien. Et puis, entre deux épisodes de notre série, j'ai fait un tour sur twitter et j'ai découvert qu'il y avait eu des détonations lors du match de foot, j'ai aussitôt voulu mettre le match en question pour comprendre, mais rien... Le match avait l'air de se dérouler normalement, je n'ai pas vraiment compris et j'ai remis ma série. Ce n'est que plus tard que j'ai vu twitter s'emballer. 

" #Bataclan #Paris #Fusillade "

Là j'ai pris peur. Pour de vrai. Parce que j'ai des proches sur Paris, comme beaucoup. Dont un qui habite proche, trop proche du Bataclan, un amoureux des concerts qui en fait des tonnes. Et j'ai supplié, supplié qu'il n'y soit pas. Un message, deux messages... Pas de réponse. L'angoisse en découvrant tout ce qui s'y passe et toujours pas de réponse. Et une petite heure plus tard, heure qui m'a semblé être une éternité, il me répond, oui il est chez lui, c'est l'horreur dehors, il ne comprend pas tout, c'est juste l'horreur. Égoïsme ou pas, je me suis sentie tellement bien. Avec le recul, j'aurais voulu que ce soit le cas pour tous les autres... Pour tous ces visages qu'on a vu défiler durant tout le weekend. Tous ces avis de recherches, qui déjà pour certains, sont des décès aujourd'hui. Un deuxième proche était dans cette zone à risques, mais je ne le savais pas encore. Alors comme vous, j'ai bouffé ces images, informations, en me disant "60 civils..." et puis très vite c'était du "100 civils"... J'étais dégoûtée. Dégoûtée que des gens comme vous, comme moi, aient perdu la vie, lors d'un concert, d'une soirée entre amis. Perdre la vie, sans raison. Perdre la vie pour une guerre qui n'est pas la nôtre, c'est dégueulasse. 

(Photo du concert, avant l'horreur. Très belle initiative du photographe Manuwino, présent d'avoir mis en ligne ces photos. 
C'est ainsi que les proches devraient se souvenir d'eux. Pas avec les photos morbide de l’après, surtout pas. )

Le lendemain, réveil en deuil dans la France. Ma deuxième proche donne signe de vie. Elle va bien, elle a réussi à trouver des personnes qui l'ont accueilli chez eux, qu'ils lui ont certainement sauvé la vie, oui. Dans la nuit, j'ai été surprise de voir le nombre de personnes prêtes à accueillir les gens chez eux. J'aimerais qu'on soit solidaire comme ça tout le temps, plutôt que d'attendre une catastrophe pour l’être...  

Alors oui, je suis triste pour les victimes et leurs familles. J'ai eu la chance d'avoir mes proches en sécurité durant cette nuit, ce n'est pas le cas de tout le monde. Mais je ne peux m’empêcher de me dire que nous sommes tous très naïfs, très égoïstes. Je ne suis pas de ceux qui ont activé le "safety check" de Facebook parce que je n'étais pas sur les lieux. Je n'ai pas mis la photo de profil temporaire aux couleurs de notre pays non plus. Non pas que ça ne me touche pas, mais juste par réalité. (Et soyons honnête... Les proches des victimes n'auront pas moins de peine de voir des fleurs, bougies, drapeaux Français...) Des menaces terroristes nous en avons eu plusieurs durant l'année. Chez les autres aussi il y a eu des morts. Beaucoup de morts, beaucoup plus souvent que chez nous. Mais pourtant, on ne parle que de la France. Alors que durant tout le mois, il y a eu des victimes partout. Le lendemain, la France riposte déjà. Et, Daesh, nous répondra. J'ai bien peur que l'horreur du weekend ne soit qu'un début. Nous le savons tous. Vous dites ne pas avoir peur, pourtant hier lors d'un rassemblement place de la République, au moindre bruit suspect, a la détonation d'un pétard vous avez eu peur, vous avez couru sur les bougies et sur les fleurs, pensant votre vie en danger. Ne mentez pas, vous avez peur. Je vous le dis : j'ai peur.


J'ai peur parce que j'ai conscience qu'on va subir une guerre qui n'est pas la nôtre. Indirectement elle le devient, mais directement, nous, dans notre salon on ne veut pas tout cela. Et pourtant, elle arrive. Nous ne sommes pas prêts. Je ne suis pas prête. Je suis si bien, chez moi, dans mon petit quotidien tranquille. Je ne veux pas tout ça. Je ne sais pas comment j'aurais réagi si j'avais habité près du Bataclan ce weekend. J'aurais eu peur, j'aurais sans doute enfermé mes chats dans une caisse prête à partir si besoin. Je ne sais pas. Je ne suis pas prête. Et surtout, je ne veux pas devoir m'y préparer. Mais pourtant, c'est un risque, un gros risque là juste au-dessus de nos têtes. Et on doit continuer de vivre, comme on le fait depuis des années, en se disant qu'effectivement, ça peut recommencer.  

Alors oui, vivez, riez, sortez & tout ce que vous voulez. 

Mais faites-le en sécurité, aussi. 

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9 commentaires:

  1. Je te rassure ta réaction n'es pas égoïste et elle est même humaine. Je suis contente que tes proches soient en vie, même si ça leur marquera toute leur vies. Très bel article.

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    1. Ils n'étaient pas au milieu des coups de feu et des corps, mais ça aurait pu s'il n'y avait pas eu toutes ces personnes prêtes à accueillir des étrangers chez eux, le temps d'une nuit...

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  2. Nous vivons dans un monde horrible. Pour moi la seule opposition devrait être celle entre le bien et le mal mais c'est hélas une vision très naïve.
    Il faut souvent des actes immondes comme ceux de vendredi pour que les gens soient ramenés à la raison et s'unissent contre le mal. Mais hélas cette solidarité ne dure jamais longtemps. Pourtant si nous restions unis sur la durée nous pourrions combattre plus efficacement les terroristes et autres dictateurs qui font tant de mal au monde. Et nous pourrions déjà combattre des injustices de chez nous, car même dans des pays démocratiques comme le nôtre ou l'on se rapproche vraiment de ce qui est le mieux au monde pour vivre en paix, il existe toujours des injustices criantes. L'exemple d'une injustice indigne d'une démocratie et que tout le monde connait, mais qui existe toujours : les inégalités de salaires entre les hommes et les femmes. Nous savons que c'est injuste et nous savons que cette égalité n'est pas respectée, je me demande alors pourquoi nous ne pourrions pas sortir dans la rue et exiger cette égalité jusqu'à ce qu'elle soit respectée. Mais je m'éloigne du sujet...

    Oui nous sommes en guerre, mais cette guerre est inévitable. Il est difficile d'accuser notre gouvernement d'être en partie responsable en étant engagé dans d'autres pays étant donné que c'est pour combattre ces mêmes extrémistes. C'est aussi notre devoir d'aider les autres pays et peuples qui sont les premières victimes des terroristes. Mais c'est horrible d'une part parce que dans une guerre il y a toujours des victimes innocentes, civiles ou non, et d'autre part parce que la guerre est inévitable contre ces gens-là. Nous pouvons toujours essayer de les raisonner par la diplomatie mais leur entêtement ne laisse qu'une seule solution : la guerre. Si nous ne faisons pas la guerre, ils pourront s'établir et causer encore plus de mal.

    Voilà tout ce que j'ai sur le cœur. Bravo pour ton article, il est vraiment bien. :)

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    1. Les inégalités en France sont nombreuses, mais là n'est pas le sujet...

      Je n'ai rien de plus à dire ou ajouter. J'avais juste besoin d'écrire ce qui me peine le plus : les civils tués inutilement. Merci pour ton commentaire, j’espère que de ton coté, personne n'a vécu de près ou de loin les horreurs du weekend !

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  3. Réponses
    1. De l'amour dans un monde qui vire fou !

      ♥♥♥

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  4. Tu n'es pas la seule à avoir peur, ni la seule à penser que tout ça n'est que le début. Et je suis d'accord, je trouve ça d'une tristesse sans nom qu'on n'entende pas parler des attaques ailleurs. Alors qu'il y en a, tout le temps, partout, sans relâche. Je suis contente d'entre que tes proches vont bien. J'ai appris avant-hier qu'un de mes professeurs d'université (de Poitiers d'ailleurs) était au Bataclan, et qu'il est décédé. Même sans le connaître comme un proche, ça fait terriblement mal, parce que ça rend les choses plus palpables. On se dit qu'être expatrié, c'est se détacher de son pays et pas uniquement sur le plan géographique. C'est faux. Je vis en Angleterre, mais ça ne m'empêche pas d'avoir mal, très mal pour mon pays. Et peur aussi. Mais il faut qu'on s'aime. Parce que ça, ils ne pourront pas le détruire ! xx

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