Se remettre en question, reprendre contact.

16:36 Glad Wood 13 Comments


Vous savez que j'ai décidé de reprendre contact -plus ou moins- avec mon père. C'était agréable, oui, mais ce n'était pas forcément aussi génial que ce à quoi je m'attendais. La vérité, c'est que dans mon enfance j'ai eu deux papas. Ma mère très vite après son divorce avait trouvé un homme. J'étais très jeune, il m'a vu grandir et surtout, il m'a aimé, comme si j'étais sa fille. J'en ai jamais parlé ici, car lui aussi je l'avais perdu. Oui, lui aussi. C'était dur. Un mélange de haine et de tristesse. Et comme je ne supporte pas paraître faible, triste... Je transforme ça en haine. Automatiquement. Et croyez-moi, je suis bien trop forte à ce petit jeu. C'est comme ça, souvent que je perds des gens de mon entourage. 

Au divorce de ma mère et de cet homme justement, je n'avais qu'un but : épargner ma petite sœur. J'étais majeur, j'avais grandi avec lui et il avait été beaucoup plus présent pour moi que ma mère et mon père. Mon père détesterait lire ça, je le sais, pourtant, c'est la vérité. Il passait des heures à jouer avec moi. Au LEGO, quand j'étais petite, avec des constructions de fou. Tout, il a toujours tout fait. Si j'avais besoin de parler, de câlins il était là. Mais surtout, quand ma sœur est née, je n'ai vu aucune différence. J'avais peur qu'il me laisse de coté, pour sa fille, sa vraie, son sang. Mais non. Nous étions ses filles. Ma propre mère avait fait une différence, lui non. J'ai toujours été très proche de lui. Je l'aimais comme on aime un père. J'avais enfin une relation qui m'a permis d’être bien, en sécurité avec quelqu'un. J'avais une figure paternel. On a partagé tellement de choses. De rire, de moments de complicité, des larmes. Il comprenait mon caractère, mes réactions parce qu'il savais ce que je vivais des deux cotés avec mes parents et qu'il a toujours fait de son mieux pour ne pas reproduire leurs erreurs.  Je savais que depuis longtemps, c'était plus de l'habitude que de l'amour avec ma mère. Mais je m'en fichais. J'aurais tout fait pour qu'ils restent ensemble. C'était égoïste, car ils n'étaient plus heureux ensemble, mais je ne voulais pas briser le peu de stabilité qu'on avait. Je ne voulais pas devoir vivre sans lui avec nous. C'est la personne qui m'a rendu le plus heureuse dans mon enfance. Et je ne voulais pas grandir sans lui. Et ma sœur, je ne voulais pas qu'elle souffre d'un divorce. C'est trop dur de vivre sans ses deux parents. Malheureusement, je n'ai pas pu lui éviter ça. Et je ne compte pas le nombre de fois que j'ai fait l'idiote avec elle, pour qu'elle n'entende pas les cris, qu'elle ne soit pas malheureuse. J'étais là, je dansais avec elle, les yeux rouges et la gorge douloureuse. J'avais juste envie de pleuré mais il fallait la rassurer. La préserver. Au final, elle en souffre quand même. Je ne regrette pas d'avoir voulu la protéger, c'est ma petite sœur, je le referais, sans hésitation, mais différemment. 




Je prendrais du temps pour moi, le temps de craquer, de pleurer  pour de vrai. J'ai voulu être une adulte, et ma tristesse s'est transformée en haine terrible, dévastatrice. Et j'ai fait du mal à  l'homme qui pendant des années aurait tué pour moi. J'ai perdu le papa que j'avais eu, celui qui m'avait apporté tellement de bon dans mon enfance. Celui qui osait tenir tête à ma mère pour moi. Personne d'autre n'en a jamais été capable. Personne. Je me souviens encore de notre départ définitif de la maison. J'ai été froide, distante, désagréable. Jamais je ne me suis mise à sa place. Jamais je ne me suis dit qu'il voyait partir ses enfants, à des kilomètres de lui. Qu'a ce moment précis, sa vie changerait, pour toujours. Que pour être heureux en amour, il devait dire adieu à ma sœur. Conne que je suis. Je ne voyais que de mon coté. Je nous voyais, devoir vivre en Dordogne, loin de tout. Nos amis, nos habitudes. Quitter cette maison  j'ai grandis, cette maison que j'ai connue depuis toute petite. Mes souvenirs, habitudes, que je laissais ici. Notre vie de famille officiellement détruite. Et je partais vivre avec ma mère, juste avec elle. Ce qui n'était jamais arrivé pour moi. Ce que je ne voulais absolument pas. Mais il y avait ma sœur, alors j'ai pris sur moi, pour elle.


Petit à petit, il a disparu de ma vie. J'ai pris le prétexte qu'il ne voulait pas de mon copain pour les fêtes. Je ne comprenais pas. Alors que moi, quelques semaines avant je crachais des choses horribles à sa copine. Celle qui était la pour le soutenir. Ingrate que j'étais. Nous nous sommes alors évité. Et je lui en voulais de m'avoir viré de sa vie, oublié. Je me souviens avoir dit souvent "Je ne suis pas sa fille, c'est officiel !" J'avais beau faire la mauvaise, j'étais morte de chagrin.  Un an après, loin de l'influence de ma mère, qui comme souvent était néfaste, j'ai pris conscience de tout ça. J'ai alors envoyé un roman à cette femme qui partage aujourd'hui encore, sa vie. Je me suis excusée, j'ai vidé mon sac. Elle ne m'a jamais répondu, je ne lui en veux pas, j'aurais certainement fait pareil. J'avais été tellement ignoble, alors qu'elle aussi, elle me connaît depuis que je suis bébé. J'ai tenté plusieurs approches avec mon "beau-père" (Beurk... Pour moi, c'est mon père, lui aussi... Mais avoir deux papas, sans citer les noms, c'est un coup à plus s'y retrouver pour vous.) Des échanges toujours très, trop court. Froid. Et puis, il y a peu, nous avons enfin réussi à communiquer, par écrit. J'ai pleuré. Mais j'étais si bien. Vous savez, ces larmes de soulagements. C'est larmes qui te viennent juste parce que tu as souffert trop longtemps et que là en quelques mots, tu prends conscience qu'il y a plus d'amour que de haine.



Pendant trop longtemps, j'ai viré tout le monde de ma vie. Juste parce que je voulais que ma mère perde toute emprise sur moi. De quelque manière que ce soit. Aujourd'hui, je mets fin à ça. Aujourd'hui, je prends mon téléphone et j'explique le pourquoi de comment à tous ceux que j'ai évincé, juste parce qu'ils étaient trop proches de ma mère. Ou à ceux qui m'ont fais du mal, même involontairement. Ceux à qui je n'ai pas su dire "Tu me fais de la peine", mais à qui j'ai dit "casse toi connard." Je rouvre ma porte à certains, qui n'ont rien demandé et sans doute rien compris non plus. Je m'excuse. J'avais besoin d'une coupure, besoin qu'elle ne m’atteigne plus. Besoin de me reconstruire. J'en ai voulu à tellement monde de me voir souffrir et de ne pas bouger. Pire encore, de croire la version d'une autre parce qu'elle était adulte. Les enfants ne mentent pas pour des choses comme ça. Jamais je n'aurais pu imaginer toute seule tout ça.  Je ne mentais pas. Mais aujourd'hui, je suis prête. Je sais que ça sera difficile pour beaucoup. Je sais que j'ai été une petite conne. Je suis une ex-gamine torturée. Je me soigne, je vous jure. Et contrairement à ce que ma chère mère a pu dire, on peut aussi dire merci au Géant, il soigne mes idées de gosse paumé depuis presque 4 ans. 

Ne vous forcez pas à faire des excuses. Ça viendra tout seul, un jour, vous aurez un déclic. L'envie & le besoin de revenir sur des histoires du passé qui nous bouffe, depuis trop longtemps. Prenez le temps dont vous avez besoin. C'est important. Vraiment. 

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13 commentaires:

  1. Comme toujours ton article est très touchant ♥ Il fait écho dans ma tête, car j'ai justement ce genre de problèmes. Je garde en mémoire tes précieux mots!

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    1. Merci ♥ Celui-ci m'a fait pleurer en l'écrivant, c'est un sujet sensible pour moi depuis longtemps et écrire dessus, ça m'a fait du bien ! J'espère que ta situation s'arrangera, il faut du temps, c'est plus que nécessaire !

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  2. Je pense que beaucoup de situations demandent du temps afin de prendre du recul, d'être capable de comprendre la position de l'autre et nos propres réactions... Je te trouve très courageuse dans ta démarche de recontacter pour t'expliquer.
    Belle soirée !

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    1. J'ai attendu longtemps avant de pouvoir avoir une discussion avec lui. Il n'était pas prêt, alors j'ai pris mon mal en patience et quand il m'a fait un signe, j'ai sauté sur l'occasion ! Et, c'est étrange, mais je sais que j'arriverai a reprendre vraiment contact avec lui, plus qu'avec mon père biologique, parce que je le connais plus !

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  3. Très joli article - encore une fois -.
    Tu as su trouver le courage et l'envie de pardonner, je te souhaite le bonheur de retrouver les gens et surtout ton papa de coeur et panser les blessures du passé <3.

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    1. ♥ J’espère aussi qu'on y arrivera. J'en ai marre de me battre contre le monde, je fatigue.

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  4. Je ne sais pas si c'est cet article qui t'a fait fondre en larme en le relisant en tout cas moi il m'a beaucoup ému. Tu te dévoiles, tu ouvres ton coeur, sans chichis, ou gnangnan et j'adore ça.
    Et rien que pour la moral à la fin cet article vaut la peine d'être lu (et relu) <3

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    1. C'est bien lui... Je ne parle jamais de mon beau-père, parce que c'est une de ces blessures encore trop récente, trop douloureuse. Et le peu que j'ai pu dire ici, ça m'a mise dans tous mes états !

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  5. j'espére que ton deuxiéme papa tombera sur ton blog ainsi que beaucoup de ta famille et qu'ils finiront tous par te comprendre!
    tu es la personne la plus ( conne? :p )gentille que je connaisse, tu es un amour!

    ton amie vieille à chats qui t'adore! <3

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    1. ♥♥♥♥
      Je ne sais pas s'il le verra, si oui j'espère qu'il ne prendra bien !
      A demain soir les copains d'amour ♥

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  6. ton texte est très touchant! Tu as su faire un pas. c'est énorme.

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    1. Merci ♥
      C'est nécessaire surtout, je suis fatigué d'être en perpétuel combat avec tout le monde. C'est usant avec le temps.

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  7. Encore un super article :-) et salvateur en plus, ça te vide d'écrire comme ça. Bon courage pour tout ce qui peut te rendre triste, et merci de partager tout ça ici 😘

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